B.M. 1995 - 1996 NOTRE PATRIMOINE, CHAPELLES ET CALVAIRES

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Ces monuments modestes font tellement partie de notre environnement que nous finissons par ne plus les remarquer, ils sont cependant les témoins d’un riche passé, celui d’une population rurale fervente, attachée à la foi de ses ancêtres. Certains ont échappé à la fureur des révolutionnaires exaltés, beaucoup nous ont été légués par le XIXe siècle qui vit notre village atteindre son maximum de peuplement. Ils rappellent parfois des drames individuels ou encore la gratitude de toute la communauté. Aussi ont-ils droit à notre respect, à notre intérêt. Cependant, bien des ombres subsistent sur les origines de ces humbles monuments. Les témoignages des Guédons seront donc les bienvenus pour compléter notre documentation.

 

LES CHAPELLES

Répondant en 1875 à une enquête sur le village, l’instituteur - greffier de mairie Dieudonné faisait état de l’existence de deux petites chapelles « construites il y a quelques années… en l’honneur de la Sainte Vierge, l’une sur la tête des champs, et l’autre sur celle du Beaudévé ». Une autre plus ancienne est également mentionnée « aux Essieux en l’honneur de Saint Guérin ». (1)

 



LA CHAPELLE du BEAUDEVE est connue aujourd’hui sous le vocable de Chapelle de la Pitié. Ses fondateurs ne sont connus, peut-être appartenaient-ils à la famille de Victor Bontems, propriétaire de la ferme dont dépendait la parcelle sur laquelle elle fût bâtie. (2)

Avant la seconde guerre mondiale, son mobilier se composait d’un autel en bois sur lequel étaient disposées plusieurs statues : Notre dame de Pitié, Notre dame de lourdes, Saint Roch, Sainte Thérèse, le Sacré Cœur. Le 20 Octobre 1944, au moment des durs combats de la Libération, l’artillerie française détruisit la chapelle près de laquelle se trouvaient des positions allemandes, disposant là d’un bon poste d’observation. La reconstruction fut menée par le Curé Camille CUNAT en 1948/49. Il s’adressa à l’architecte René DEMAY pour le plan et les devis des travaux (3).

 

(1)   A.C du Ménil Dieudonné évoque également l’existence d’une ancienne chapelle mais située à Travexin et dédiée à Saint Nicolas.

(2)   Après la Libération, la parcelle devenue propriété de la veuve d’Henri FRANCOIS fut cédée à l’association diocésaine de Saint Dié (archives paroissiales).

(3)    Le devis de l’architecte chargé de la reconstruction du Thillot s’élevait à 100 431 F. (11/08/1947) Il fut largement dépassé. L’Etat dut finalement verser 207 318 F au titre des dommages de Guerre.

 

Après l’acceptation de ces derniers, le gros œuvre fut confié à l’entrepreneur du Thillot Charles RIGOLA, dont le fils avait été tué au ménil lors de l’évacuation de Novembre 1944. L’entreprise Marcel VANNSON réalisera la couverture afin que les artisans locaux puissent mener à bien la décoration intérieure : Louis DESSEZ, ancien du 1er R.C.P. se chargea de la menuiserie, l’ébéniste Aristide MOUROT de l’autel en chêne reposant sur quatre colonnes, Pierre HUMBERT de la grille de protection intérieure et enfin Henri LAMBOLEY des peintures.

 

L’Abbé CUNAT désirait dédier la nouvelle chapelle à la Vierge afin de respecter l’engagement pris par le Curé SCHMIDT qui administrait la paroisse à la libération de lui élever une statue si le Village était épargné par les bombardements. Commande fût passée à l’atelier « l’Union Internationale Artistique » de VAUCOULEURS (Albert PIERRON) pour la fabrication d’un beau groupe de type « Piéta » avec croix d’une hauteur de 1m53. Deux autres statues, l’une représentant la Vierge, l’autre le sacré-cœur complétèrent le mobilier religieux. La première fut placée dans une niche conçue au dessus de la porte d’entrée. Enfin, on prit bien soin chaque année, le 15 septembre, fête de Notre dame des Sept-Douleurs, une messe fut longtemps célébrée pour marquer la reconnaissance de la paroisse. En 1995, le lundi des  Rogations a vu un bel office s’y dérouler.

 

 

 

 

LA CHAPELLE de la TETE des CHAMPS dite Notre Dame de la Salette. Construit pour abriter une statue rapportée du célèbre sanctuaire de l’Isère élevé à l’emplacement de l’apparition de la Vierge à deux enfants de corps le 19 septembre 1846, ce petit édicule d’accès peu aisé se dresse sur une terrasse faite de beaux blocs de granit légèrement en contrebas du sommet du Petit Dreube ou tête des Champs. Sur un soubassement maçonné, la petite chapelle est en bois habillé de tôles de fer blanc peintes en rose pour la protéger des intempéries.

 

 

A l’intérieur, de petites dimensions, se trouvent trois statuettes, l’une représentant Notre dame de la Salette, les deux autres l’encadrant, Sainte Sabine et Sainte Claire, saintes régionales qui ont toujours fait l’objet d’une grande vénération dans les Hautes Vosges. On remarque encore deux images pieuses représentant Saint Hubert, le patron des chasseurs, et une scène de crucifixion.

 

 

 

DESSIN de Maïa HERBETH

LA CHAPELLE SAINT GUERIN : la plus ancienne des Chapelles du Ménil (4) n’est connue que par un mauvais cliché réalisé bien avant sa destruction à la Libération.

 

(4)   Située à la Rouauche au lieudit « Rouge Terre ».  La parcelle où était construite la chapelle appartenait à l’origine à la communauté de Demrupt et fut acquise semble-t-il par Jean Pierre PERNEL vers 1860.

 

Elle fut alors pulvérisée quelques jours seulement avant le départ des Allemands qui avaient établi un poste d’observation dans la maison BRESSON toute proche (5). L’importance de l’agriculture dans l’économie montagnarde ancienne explique facilement qu’une chapelle ait été élevée en l’honneur de Saint Guérin, d’origine Lorraine puisque né selon la tradition à Pont à Mousson, d’abord moine défricheur dans les Alpes avant de devenir évêque de Sion dans le Valais Suisse. Il devint, après sa mort, le patron des jardiniers, des horticulteurs et des cultivateurs.

 

Devenue propriétaire de la maison BRESSON , la famille SALMON s’employa à rappeler le souvenir de la vieille chapelle en faisant édifier un petit oratoire original pour abriter une nouvelle statue de Saint Guérin taillée dans le bois.

 

 

(5) voir notre article sur la Libération du Ménil dans le bulletin municipal de 1994/95

 

LES CALVAIRES

Les lignes qui suivent reprennent le répertoire établi il y a une vingtaine d’années par M. PUTON de REMIREMONT pour le compte de l’inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France (1). Nous nous contenterons d’y apporter quelques compléments seulement.

(1)            cette étude de Francis PUTON a déjà été publiée dans « le Carillon de la Montagne », l’ancien bulletin paroissial du Ménil.

 

 

1) – CROIX de l’EGLISE

 

A gauche de la tour, elle est probablement l’ancienne croix du cimetière qui fut transféré en dehors du village à la fin du siècle dernier. Elle est en grès gris. Deux marches, sur grosse base carrée. Le fût est carré, engagé dans la base. Le croisillon est carré, lui aussi, avec crucifix par devant et Vierge à l’enfant à l’arrière. Elle mesure environ 3m50 et date du XVIII siècle.

 

2) – CROIX de la ROUTE de la MOULINE (vers le Thillot, à l’entrée du chemin du Hallaire)

 

Sur un bloc de roche non dégrossi, elle est en grès gris, sur une marche. Grosse base carrée. Fût engagé dans la base, carré dans le bas, octogonal au dessus. Elle ne possède pas de chapiteau. Croisillon moderne (tête de christ). Elle mesure environ 3 m 50 et elle porte la date de 1646. Cette date correspond à une des périodes les plus troublées de l’histoire de la Lorraine, alors ravagée par la guerre de trente ans. Peut-être a-t-elle été placée là pour conjurer les épidémies qui décimaient régulièrement le pays.

 

3) – CROIX de l’ANCIEN TISSAGE de DEMRUPT

 

Elle est en grès gris et possède trois marches. Grosse base carrée avec table d’offrandes circulaire, et avec, sur le devant, un panneau sculpté, sans inscription, panneau entouré à droite et à gauche de deux branches de lys. Fût carré, engagé dans la base, strié sur la moitié de la hauteur. Chapiteau en feuilles stylisées. Aux deux tiers du fût, un ostensoir. Croisillon carré avec, aux extrémités des bras, un décor en feuilles stylisées également. Par devant, un crucifix dont l’un des bras manque. Titulus.  Par derrière, une vierge à l’enfant. Elle ne possède aucune date, mais est vraisemblablement du XVIIIe siècle. Elle mesure 4 m 50 environ.

Cette croix avait été pulvérisée par un poids lourd le 1er septembre 1993. Grâce à la ténacité de M. Michel VUILLEMIN, elle a été restaurée de façon admirable par l’entreprise Bruno HENRY de Dommartin les Remiremont. Le nettoyage de la base a permis de retrouver l’inscription qui y avait été placée : DEVOTION au SAINT SACREMENT par les AMES PIEUSES du LIEU l’AN 182 – (le dernier chiffre est illisible). Lors de sa repose, elle a été légèrement déplacée afin d’éviter un nouvel accident. Elle avait déjà fait l’objet d’un déplacement en 1873 à l’occasion d’une rectification du carrefour. Le propriétaire du tissage proche, André JUDLEN, s’était alors engagé à l’entourer d’une grille protectrice (1).

(1) -   A.D. des Vosges 302.0.12

 

4) – CROIX de DEMPRUPT (Près de chez Mme Aimé CREUSOT)

 

Sur une basse rocheuse, une grosse marche ronde qui semble faite d’une meule réemployée.

Grosse base carrée. Fût carré très fin avec sur deux mètres de hauteur une branche de lys. Croisillon carré dont les bras se terminent en sorte de bonnets. Il n’y a pas de crucifix, mais une sorte de soleil dans un cercle, et, à l’arrière, un cœur.

L’inscription sur le socle est illisible, mais par contre, on peut très bien lire sur la base, la date de 1723.

 

5) – CROIX de la RUE des CHEVRES dite CROIX PERNEL (à  droite de la jonction de la Rue des Chèvres et de la Route Départementale)

 

Elle est en grès gris. Une seule marche. Grosse base carrée, avec table d’offrande circulaire. Le fût est en carré également. Croisillon carré (refait) et rien à l’arrière. Une inscription sur la base dans un encadrement, sous une petite croix taillée : «  Croix de dévotion érigée par Jean Nicolas Pernel Fils 1855 ». La hauteur de cette croix est d’environ 3 m 50.

 

6) – CROIX du PONT CHARREAU

 

Elle est également en grès gris. La base en est trapézoïdale sur une marche disparue. Le fût en est carré, très fin engagé dans la base, dont le socle également carré, porte cette inscription, sous une petite croix :

+

REMY

NOEL

1609

 

Petit  chapiteau. Croisillon carré potencé, avec fleurs sur les tranches des bras. Sur le croisillon, devant : I.H.S. et à l’arrière : couronne tressée. Hauteur : 3 mètres.

Rémy NOEL est peut-être le père de Remy et de Grégoire NOEL, qui épousent le même jour – 24 Novembre 1657 – respectivement Jeanne VALDENAIRE de Bussang, et Claudine GEHIN de Ventron. Ils exerçaient tous deux la profession de sagard.

 

7) – CROIX DEVANT la FAMILIALE (près de chez René FRANCOIS)

 

En grès gris, une seule marche. Base rectangulaire. Fût carré engagé dans la base. Croisillon carré (refait) A l’avant : un ostensoir et à l’arrière, une couronne tressée. Fleurs sur les tranches des bras. Inscription illisible sur la base. Elle date vraisemblablement du XVIIIe siècle, et mesure environ 3 m 50. (3)

(3) Cette croix a probablement été élevée par Joseph LOUIS et son épouse Marie Anne THOMAS en 1806. Joseph LOUIS, fils de Nicolas LOUIS et de Catherine CUNAT est décédé le 4 octobre 1811 à l’âge de 69 ans. Il était cultivateur.

 

8) – CROIX des SAPINS (Près du restaurant des sapins)

 

Elle est en grès gris, et comporte deux marches circulaires. Grosse base, légèrement trapézoïdale, avec table d’offrande circulaire. Le socle du fût est carré, avec, de chaque côté, dans des panneaux, les attributs de la crucifixion du Christ (très usés) Le fût est rond, avec deux bagues au premier et au deuxième tiers, et feuillage entre ces bagues. Cannelure au troisième tiers supérieur. Petit chapiteau, feuilles stylisées, très usé.

Croisillon rond, potencé en pointe de diamant. De chaque côté du croisillon, un cercle avec un motif central, très effacé. Une inscription illisible sur la base. Seule, la date 1726 reste très visible. Croix très haute, qui mesure environ 4 mètres.

 

9) – CROIX GODEL (après le chemin de la Graniterie)

 

Enorme base, légèrement trapézoïdale par devant, et mal équarrie derrière. Hauteur de la base : un mètre environ. Sur cette base énorme, une petite croix monolithe, légèrement potencée. Sur le devant du croisillon, I.H.S., en relief. Derrière, initiales AVE MARIA (un A et un M entrelacés, avec une petite croix au dessous. Fleurs sur les tranches des bras des croisillons. La croix, sans la base, n’a que 1 m 25 environ. Aucune date, mais certainement XVIIIe. Elle est également en grès gris.

 

10) – CROIX des FENESSES (anciennement Edmond CHEVRIER)

Elle est en grès gris. Repose sur un bloc de pierre. Base trapézoïdale rainée de haut en bas. Fût carré, croisillon carré potencé. Ostensoir devant, couronne tressée derrière. Comme inscription :

Sur le socle du fût      : C.E. 1824

Sur la base         : «  Cette croix est faite et fondée par Louis et Thoma… sa … » et le reste est illisible. Elle mesure 3 m 50 environ.

Cette croix a malheureusement perdu son croisillon depuis quelques années. Il mériterait de retrouver sa place.

 

 

A ces calvaires classiques, il convient d’ajouter deux croix de factures très différentes évoquant des faits divers tragiques.

 

* la croix « Jules Fanfan » située sur le chemin qui relie la Chapelle de la Pitié au Frenat rappelle la mort de Jean Jules HOUBRE, dit « Jules Fanfan ».

« La République » relate aussi les circonstances de son décès : «  le nommé HOUBRE Jean Jules, 61 ans, cultivateur au Frenat, a été retrouvé mort dans la neige. Il s’était égaré dans la neige en rentrant chez lui. Il a été recherché pendant trois jours. La mort est due au froid ». La croix élevée à l’endroit fatal est toute simple : une croix en fer forgé placée sur une borne de granit.

 

* la croix PELTIER au Hallaire, proche du sentier descendant de la «  Grand Roche » a été élevée à l’endroit où Emile PELTIER , professeur agrégé féru d’histoire locale, a été malencontreusement atteint en septembre 1929 par un coup de fusil tiré par un bûcheron-chasseur qui croyait viser un lièvre.

Longtemps professeur à Charleville, Emile PELTIER consacrait sa retraite aux questions agricoles et cultivait lui-même la terre familiale. Il  avait 70 ans (1). Le monument élevé par sa famille dont l’industriel PELTIER-DUCHENE de Fresse est en granit poli, de type funéraire.

 

Mentionnons encore la Croix du cimetière actuel, réalisée en 1892 par Arthur BRIOT, ouvrier graniteur, à la suite d’une commande passée par la Commune pour orner le nouveau cimetière des Champs de la Forge (2)

 

J.A. MORIZOT

 

(1) Industriel Vosgien 17/09/1929

(2) A.D. des Vosges 302.0.6.